Les trésors du CDHA : Annuaire administratif de l’Algérie pour 1884

Annuaire Algérie 1884

Comprenant 367 pages, d’un format pratique à consulter de 11X17, cet annuaire offre une mine d’informations sur la vie publique en Algérie, en cette période . Comportant quelques lignes  définissant les fonctions de chacune des entités citées ( Cour d’Appel, Cie du PLM ou voierie départementale), il énonce aussi les noms et titres de leurs responsables.

Ainsi, à travers plusieurs centaines d’établissements et institutions, avec plus de 6.000 noms , se parcourt le tableau pointilliste de tout ce que le territoire compte, à ce moment là, de structures et de personnalités en charge de celles-ci..

 L’organisation mise en place en quelques dizaines d’années après la conquête apparaît ainsi clairement, avec ses priorités et la préoccupation évidente de reproduire les structures métropolitaines.C’est en matière de représentation des populations indigènes, de reconnaissance des pratiques religieuses, de spécificité des enseignements que sont plus précisément prises en compte les particularité algériennes. La démarche s’étoffera et s’amplifiera après 1900.

Les « Postes et Télégraphes ».

On notera, en en parcourant précautionneusement les pages jaunies, le développement considérable de certains services publics, illustration des préoccupations dominantes du moment. Ainsi peut-on mesurer le haut degré de maillage du territoire effectué par l’administration des « Postes et Télégraphe ». À côté des Services Télégraphiques Techniques, placés sous l’autorité de M.Brisson, directeur-ingénieur de la 19ème Région, se présente la puissante Direction de l’Exploitation. Pour chacun des trois départements d’Alger, Oran et Constantine ( respectivement dirigés par MM. De Marguerite, Jannet et Chauve) sont désignées les « Recettes des Postes et Télégraphe », les « Bureaux Télégraphiques Municipaux », les Facteurs Boîtiers Mixtes, les Facteurs Boîtiers, les centres de distribution-entrepôts.

Les Recettes sont au nombre de 56 pour le département algérois dont 3 pour Alger-ville, les Bureaux 14, les facteurs 27 et les centres de distribution 9. Ainsi décompte-t-on 106 unités postales  desservant le département, dans une répartition de fonctions privilégiant la proximité et l’utilisation des…nouvelles technologies de l’époque avec le télégraphe.

La lecture des noms des villages, centres de colonisation ou indigènes, permet de mesurer rétrospectivement leur inégale évolution : certains deviendront 93 ans plus tard des chefs lieux de nouveaux départements, d’autres ont périclité et figureront dans la catégorie des « villages oubliés » chers à notre ami Edgar Scotti.

Les noms des titulaires peuvent très utilement intéresser nos généalogistes. On y relève une prédominance de patronymes d’origine provençale, corse ou languedocienne. Rares sont ceux d’origine étrangère, éclairant ainsi le lent et  difficile parcours d’intégration des familles d’immigrants.

L’ouvrage fourmille aussi d’informations générales ou pratiques qui intéresseront chercheurs et historiens. L’organisation supérieure de l’administration est décrite avec les rôles et la composition, aux côtés du Gouverneur Général de l’Algérie, M.Louis Tirman, du Conseil du Gouvernement, du Conseil Supérieur, de Service de l’Algérie au Ministère de l’Intérieur (176 rue de l’Université à Paris).

32 stations météo.

Le Service Météorologique, dirigé par M.Thénard, est décrit avec ses 51 stations algériennes, la centralisation mensuelle de ses observations, et l’envoi par 32 stations d’un télégramme quotidien sur les variations du temps et de l’atmosphère alimentant le Bulletin météorologique. Un résumé télégraphique de ce dernier est adressé chaque jour aux ports de commerce d’Algérie.

On y apprend aussi que les 10 routes nationales recensées totalisent 2.982 Kms, les plus longues reliant Alger à Laghouat par Médéa (452 Kms), Alger à Constantine par Sétif (433 Kms). Routes départementales au nombre de 17, chemins vicinaux de grande communication, chemins d’intérêt commun et chemins de colonisation complètent la trame de ce réseau routier pouvant se comparer avantageusement à celui de régions métropolitaines. Il est placé sous la responsabilité de M.Neveu-Dérotrie, ingénieur en chef de 1ère classe des Ponts et Chaussées.

À propos de la taxation des services de la Poste, on apprend que la lettre distribuée en Algérie ou en France (continuité territoriale !) est affranchie à 0,15 francs, les journaux et les périodiques bénéficient du tarif préférentiel de 2 centimes. Entre Algérie et Tunisie, la dépêche télégraphique est facturée 5 centimes le mot, entre Algérie et France, par le câble immergé Alger-Marseille le tarif est porté à 10 centimes le mot avec un minimum d’1 franc.

Les services hospitaliers.

Dans le domaine sanitaire et social, est impressionnante l’organisation des services de l’Assistance publique, dirigés par M.Luciani, inspecteur central des «  Etablissements de bienfaisance de l’Algérie ». Elle comprend l’Hôpital civil de Mustapha avec ses 604 lits,, l’Hôpital de Douéra et Asile des Vieillards ( 400lits), l’Hôpital de Marengo (135 lits), l’Hôpital de Ménerville au col des Béni-Aïcha (70 lits) ; dans le département d’Oran, figurent l’Hôpital St Lazare avec 325 lits, l’Hôpital de Relizane (58 lits), celui de St-Denis-du-Sig (162 lits) et d’Aïn-Témouchent (68 lits). Dans le département de Constantine, sont cités sans leur capacité d accueil,,  l’Hôpital civil de la ville , le « Dépôt de mendicité » à El-Arrouch, l’Hôpital de Bône, l’Hospice Coll dans la même ville, l’Hôpital de Philippeville, de Bougie, de l’Oued-Athménia, l’Ambulance de Milah, l’Hôpital de Jemmapes et de Souk-Arras

Outre les établissements privés, sont organisés 28 bureaux de bienfaisance et à Alger, l’Assistance musulmane.

Les sociétés de Secours Mutuel et l’imposante structure des conseils et bureaux d’hygiène et de salubrité publique complètent ce dispositif.

Les liaisons maritimes.

La description des Services et liaisons Maritimes permet de relever le très dense réseau reliant les ports algériens entre eux : Alger, Bône, Philippeville, Collo, Djidjelli, Bougie, Dellys, Oran, Nemours,Béni-Saf, ces ports avec la métropole : Marseille principalement mais aussi Cette (Sète), Port-Vendres, ou le Maroc et l’Espagne :Tanger, Mililla, Gibraltar, Carthagène, Malaga. Horaires et escales des courriers complètent l’information.

Dans le cadre de cette brève description, il n’est naturellement pas possible de citer l’ensemble des services publics, des établissements au service du public. Une seule réflexion pour conclure : cet ensemble organisationnel mis en place avec le souci évident de doter l’Algérie d’une structure politique, économique, sociale moderne ne peut-elle concourir à l’appellation de « contribution positive » que d’aucuns s’acharnent à refuser ?

J.P.

Extrait du Mémoire Vive n°40