La Pose de la 1ère pierre du Conservatoire National de la Mémoire des Français d'Afrique du Nord

Ils étaient nombreux à se presser sur le terrain jouxtant la Maison Maréchal Juin à Aix-en-Provence, un  terrain cédé par la Ville d’Aix au CDHA pour mener à bien l’édification du Conservatoire. Une bonne heure avant le début de la manifestation, des délégations de Nice, de Montpellier ou de Toulon commençaient à prendre place dans l’espace dédié qui allait vite se révéler trop étroit. Face à l’afflux des participants, il avait fallu prévoir une navette de véhicules électriques reliant le siège du CDHA à un des grands parkings du centre-ville.

Depuis plusieurs semaines, cette date était attendue avec une certaine impatience par tous ceux qui participent à la réussite du projet : bénévoles, adhérents, donateurs de la FRHA (Fondation pour la recherche historique sur l’Algérie), associations et amicales amies…Le bouclage financier de l’opération étant acquis avec les engagements récemment pris par les collectivités territoriales partenaires, il importait d’accomplir maintenant cet acte symbolique du lancement des travaux. On allait enfin pouvoir y croire ! Ce Conservatoire serait le foyer de la mémoire des Pieds-Noirs, le  dépositaire de leur Histoire.

Et c’est devant une foule dense et émue que se sont déroulées les différentes phases de l’événement.

Ce sont des petits-enfants, soit la 2ème génération née en Métropole après 1962, qui donnaient la tonalité de ce moment : Clara, Cassandre, Hugo, Victor, Pablo et Shïné lisaient dans un silence respectueux des textes choisis du Bachagha Boualam (1), d’Albert Camus (2), de Hélie Denoix de Saint Marc (3).

Ils accompagnaient ensuite les responsables des collectivités soutiens du projet : le Conseil Régional PACA, le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône, la Métropole Aix-Marseille, bien sûr la Ville d’Aix, et les présidents du CDHA et de la FRHA dans un geste symbolique fort : l’enfouissement de coffrets contenant de la terre et du sable du Maroc, des régions d’Oran, d’Alger, de Bône/Constantine, et de Tunisie.

Maryse Joissains, Druon Note, Agnès Rampal, Renaud Muselier, Martine Vassal, Joseph Perez

Un vibrant Chant des Africains a ponctué cette première séquence

Au premier rang, les représentants des cultes israélite, catholique, protestant et musulman,  témoignaient par leur présence,  d’une solennité et d’une dimension de spiritualité.

Les représentants des cultes : Kader Hamoumou, le pasteur Marc Tourielle et Monseigneur Ellul

A leur côté, on notait des anciens combattants portant les habits des goumiers marocains représentant l’Armée d’Afrique, et un groupe de harkis arborant leurs médailles.

La séquence des discours intervenait ensuite, Maryse Joissains, maire de la ville, affichant sa satisfaction de voir le projet aborder une phase décisive, rappelant que depuis la création du CDHA, sa ville avait toujours été un appui sans faille de cette association mémorielle, comme elle l’avait été pour les rapatriés au moment de l’exode de 1962. Elle félicitait les promoteurs du projet qui, avec le CDHA et la FRHA avaient su le mener à bien, se substituant à un Etat défaillant dans ses promesses renouvelées.

Maryse Joissains, maire d'Aix-en-Provence

Après elle, le président de la Région indiquait que le Conservatoire se devait d’être ici, en PACA, principal foyer d’installation des rapatriés d’Algérie après 1962. Il soulignait que cette communauté avait besoin d’un lieu de mémoire, à l’instar d’autres : arméniennes, juives… Il confirmait le soutien de son institution et saluait l’action déterminée d’Agnès Rampal, présidente de la commission Euroméditerranée, pour faire aboutir ce dossier.

Renaud Muselier, président du Conseil Régional PACA

Lui succédant, Martine Vassal présidente du Conseil départemental du 13, s’engageait à accompagner l’action de sensibilisation des collégiens du territoire que le CDHA pourrait mener au sein du Conservatoire. Ayant connu, par ses attaches familiales, les moments difficiles de l’exode et de la réinstallation, elle émettait le souhait de voir les nouvelles générations maintenir l’esprit de leurs aïeux, et transmettre à leur tour leur mémoire collective.

Martine Vassal, présidente du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône

Druon Note, président de la FRHA, tenait à rappeler le parcours difficile, persévérant qu’il avait fallu entreprendre pour concevoir ce projet, et en assurer le financement. Il remerciait et félicitait les donateurs qui, depuis six ans, avaient contribué avec confiance à constituer l’autofinancement du projet, plaçant la Fondation au premier rang  assurant 34 % du budget global.

Il rappelait aussi que le professeur Goinard, son beau père, avait été, dans les années 80 un ardent promoteur d’un centre mémoriel qui trouvait son aboutissement aujourd’hui.

Enfin, il décrivait les éléments techniques et fonctionnels du projet, remarquant que l’on y disposerait de plus de 7 kms de rayonnage et d’un ensemble de prestations conformes à celles des modernes centres de recherche.

Druon Note, président de la Fondation FRHA

Clôturant cette séquence, Joseph Perez, président du CDHA, disait sa fierté et son émotion de voir ainsi conduit ce projet destiné à accueillir le plus important centre documentaire privé consacré à l’Afrique du  Nord française. Il rappelait que sauvegarder la Mémoire des Pieds Noirs était un exercice difficile, en raison de la perte de notre base territoriale, et des conditions exécrables du rapatriement. Il indiquait aussi que leur histoire, parce que complexe,  ne se prêtait pas à une description simpliste, sinon caricaturale, telle que certains s’acharnaient à la rapporter. Le Conservatoire aura la mission de combattre les manipulations des faits, les analyses partisanes et les désinformations de toutes sortes.

Joseph Perez, président du CDHA

Il terminait en disant sa reconnaissance, celle du CDHA aux présidents des collectivités présentes, pour le soutien résolu qu’ils avaient décidé d’apporter, confirmé à nouveau au cours de cette soirée. Et sa gratitude aux membres de l’équipe du CDHA, bénévoles et collaborateurs, amis et soutiens. Leur contribution morale, matérielle, financière constituait pour l’instant et pour l’avenir, le plus bel atout de notre mouvement.

(1), (2) et (3) : textes lus par les enfants, le 3ème étant repris ci-dessous :

“Montrer aux Français d’aujourd’hui qui l’ignorent, à ceux de demain qui pourraient ne pas le lire dans les manuels d’histoire, l’Algérie telle qu’elle fut, telle qu’elle était hier, celle que ses soldats, ces pieds-noirs ont bâtie sans contrainte, avec des erreurs parfois, des retouches souvent, mais avec amour dans la fraternisation…”

Bachagha BOUALAM

“J’ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j’y ai puisé tout ce que je suis, et je n’ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent, de quelque race qu’ils soient. Bien que j’aie connu et partagé les misères qui ne lui manquent pas, elle est restée pour moi la terre du bonheur, de l’énergie et de la création.”

Albert CAMUS

" C’est la dernière responsabilité qui nous incombe : éviter que nos enfants aient un jour les dents gâtés par les raisins verts de l’oubli. Ecrire et raconter, inlassablement, non pour juger, mais pour expliquer. Ouvrir la porte à ceux qui cherchent une trace du passé et qui refusent le silence, repiquer chaque matin le riz de nos souvenirs… Ne pas lâcher prise, jamais, pour celui qui est demeuré dans le bien et dont l’amour est resté là-bas dans une colline de l’Alma…"

Hélie DENOIX DE SAINT-MARC

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Parmi les personnalités présentes, saluons les présidents d'associations et amicales qui nous ont fait l'amitié de participer à cet évènement.
Il est probable que cette liste soit incomplète. Que ceux qui, bien inconsciemment ne sont pas cités, veuillent bien nous en excuser.

- Gisèle Ambrosino : Fort-de-l'Eau
- Alain AVELIN : Véritas
- Gérard Baquet : Cercle Nimes
- Ali Boualam : V-Pt ARAPA (Arles)
- Kader Guelfout : Pt ARAPA
- Claude Capeau : ARRAN
- Denis Carrasco : GAMT
- Paul Curcio : Amicale La Calle
- Slimane Djera : Collectif Harkis
- Colette Ducos-Ader : GRFDA
- Jeanne Etthari : Mudar
- Frederic Grasset : FMGA
- Guy Gresse : Amicale des Bonois Aix
- Nicole Ferrandis : Victimes 26 mars
- Evelyne Joyaux : Cercle Algerianiste Aix
- Jean-Jacques Lion : CSCO national
- André Ordines : Algérois Provence
- Alain Perez : Anciens Guyotville
- Jocelyne Quessada : AOBR
- Jean-Pierre Risgalla : Cercle Algérianiste Avignon
- Gilbert Rosas : Sépia Montpellier
- Hélène Campillo-Trébosc : Association des Béni-Safiens
- Yves Sainsot : ANFANOMA
- Jean-Claude Simon : AOCAZ
- Roger Sogorb : Mémorial ND Afrique
- Jean-Félix Vallat : MAFA

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Le cocktail de cloture a été très aimablement agrémenté par les dons des entreprises :

- Domaine de Grangeneuve (O&H Bour - AOC Grignan les Adhemar). Ces vignerons originaires de Rio Salado ont développé une remarquable exploitation dans la vallée du Rhône. Aujourd'hui, leurs vins en trois couleurs issus d'une culture raisonnée ont conquis de très nombreux prix.

- La société Ferrigno, originaire de Courbet Marine, aujourd'hui installée à Port-Saint-Louis-du-Rhône offre une gamme de produits dérivés de la sardine en l'adaptant aux modes de conssomation actuelle : mousse, tapas, soupe... sous une présentation et un packaging séduisants.

- La société Cristal-Limiñana dont on ne présente plus l'iconique anisette que l'on trouve sur toutes les bonnes tables pieds-noires et qui diversifient actuellement sa gamme d'alcool de laquelle on signalera le nouveau whisky Black Feet.